26 mars 2011

Private equity et LBO

Classé dans : Outils/Bon à savoir — uriniglirimirnaglu @ 16 : 13

dimanche 19 août 2007
par ATTAC 06


Quand les entreprises non cotées sont dans le collimateur….

Avec Pierre-Yves Chanu, économiste à la CGT. Une Emission Des Sous…et des Hommes du 1° Mai 2007 sur AligreFM.

Pour nous aider à comprendre un peu mieux la crise financiére actuelle.

Pascale Fourier :

Et notre invité aujourd’hui sera Pierre-Yves Chanu, économiste à la CGT.

Évidemment, j’aurais préféré, à six jours de l’élection, faire une émission décortiquant dans les moindres détails le programme économique de Sarkozy, pour le combattre, et montrer en quoi, contrairement à ce qu’il dit, il n’est pas au service des humbles ;

souligner que pour faire des heures supplémentaires, et gagner plus comme il le dit, encore faut-il que votre employeur vous donne des heures supplémentaires, parce que c’est bien lui qui décide.

Et faut-il rappeler que les très nombreuses caissières employées avec des contrats de 25 heures, aimeraient bien tout simplement avoir un contrat de 35 heures…

J’aurais bien aimé décrypter ce que suppose la suppression des droits de donations et de successions annoncés dans la profession de foi de Nicolas Sarkozy, et réfléchir pour savoir aux intérêts de qui une telle mesure profiterait.

J’aurais aimé voir tant de choses… rappeler que le programme économique de Sarkozy ne peut pas servir les petits et les humbles.

Mais, faut-il le rappeler, chaque animateur est bénévole à Aligre, et notre vraie vie professionnelle nous empêche parfois de faire ce que nous aimerions apporter.

Alors oui, Ségolène Royal n’est peut-être pas la tasse de thé de beaucoup d’entre nous, mais remonter la pente de la casse sociale qu’organisera Sarkozy sera impossible après cinq ans d’exercice. Alors…

En attendant, d’ailleurs, celle-ci continue sous la droite actuellement encore au pouvoir.

Moi, ce qui m’avait interpellé, c’est l’annonce de 300 emplois supprimés dans l’entreprise Well, au Vigan, dans le Gard, dont la production de collants allait être délocalisée en Italie et en Asie.

À Libourne, c’étaient 165 emplois supprimés à Arena, qui produit des maillots de bains. « LBO » entendait-on dire, « Leverage Buy Out ». Et « Private Equity » entendait-t-on encore. Qu’était-ce ?

J’ai voulu en savoir plus et suis donc allé rencontrer Pierre-Yves Chanu, économiste à la CGT.

Dans d’autres émissions que j’ai faites, avec d’autres économistes, on avait vu que les entreprises cotées en Bourse étaient soumises à la pression des actionnaires. Et j’ai cru comprendre que, actuellement, c’étaient aussi les entreprises non côtées qui étaient dans le collimateur, qui se faisaient racheter par des sortes de fonds de pension. Ça fonctionne comment ?

Jean-Yves Chanu :

Je pense que vous faites référence à ce qu’on appelle d’un nom barbare – mais on utilise beaucoup les terminologies anglo-saxonnes en économie et en finance – les fonds de Private Equity.

Ce qu’il faut rappeler d’abord, c’est que la majorité des entreprises ne sont pas côtées en Bourse. En France, on a 2 millions d’entreprises. On en a 700 qui sont côtées en bourse. Bien sûr, ce sont des entreprises qui appartiennent à des groupes, donc ça fait plus, mais il faut rappeler que la majorité des entreprises sont des entreprises non côtées.

De ce point de vue, l’un des phénomènes nouveaux observés depuis quelques années, c’est la montée en puissance de reprises, de la part de fonds d’investissement qu’on appelle des fonds de « Private Equity » – ce qu’on peut traduire par « gestion privée », ou « gestion de fortune » – qui sont des fonds qui ont la capacité de lever des sommes absolument considérables, et qui placent en fait largement l’argent des fonds de pension.

Ce sont ces opérations qui se sont développées dans la période récente. La plus spectaculaire est le rachat d’une entreprise d’électricité texane pour 44 milliards de dollars par l’un des principaux fonds de Private Equity.

Pascale Fourier :

Mais quel est le but de ses reprises ? C’est parce que les patrons…

Jean-Yves Chanu :

En fait, il y a plusieurs cas de figure.

D’abord, du point de vue de l’investisseur, c’est-à-dire du fonds de pension, ça permet en fait d’avoir une rentabilité supérieure à celle qu’ils auraient en bourse : on va faire 20 % quand la bourse rapporte seulement 15 %, et ça les intéresse par rapport à leur problématique qui est de payer des retraites.

Du point de vue des entreprises, en fait, on peut trouver plusieurs cas de figures :

  • Le plus classique, c’est le départ à la retraite de l’employeur, qui a donc besoin d’un repreneur.
  • Un deuxième cas de figure qui est fréquent, c’est une entreprise qui considère que l’une de ses activités n’est plus stratégique : elle va donc chercher à la vendre.
  • Et puis, le troisième, c’est que l’on retrouve parfois ces reprises par des fonds d’investissement dans le cas d’entreprises en difficulté.

Pascale Fourier :

Et quand vous disiez qu’il réussissent à obtenir 20 % de rentabilité, ils font comment, ces braves gens ?

Jean-Yves Chanu :

C’est une technique un peu compliquée qui consiste à utiliser ce que les économistes appellent un « effet de levier ». En fait, si on la rachète une entreprise qui a une rentabilité financière de 15 % en rachetant les trois quarts par endettement, et que l’endettement est à 5 %, la rentabilité du quart de fonds propres va faire plus de 15 % : c’est ce qu’on appelle l’effet de levier.

Pascale Fourier :

On emprunte auprès d’une banque ?

Jean-Yves Chanu :

En fait, on emprunte à plusieurs banques.

Pascale Fourier :

Et, je n’ai pas très bien compris comment le fait d’avoir un endettement permet de gagner plus d’argent. Vous pourriez le ré-expliquer ?

Jean-Yves Chanu :

Le principe c’est que, si vous avez une rentabilité de 15 %, et que vous n’êtes pas endetté, vous avez des fonds propres de 100 qui vont rapporter 15.

Si maintenant, au lieu de ne pas être endetté, vous êtes endetté pour les trois quarts, vous n’allez plus avoir que des fonds propres de 25, votre entreprise va toujours rapporter 15.

Sur ces 15, si vous vous endettez pour les trois quarts à 5%, ça va vous faire un peu plus de 3%. 15 moins 3, cela fait 12.

Eh bien 12, rapporté au 25 de vos fonds propres, ça ne fait plus 15%, ça fait presque 50%. C’est ça que l’on appelle l’effet de levier.

Pascale Fourier :

On pourrait se dire, tout cela c’est une très, très bonne chose parce que ça permet d’assurer justement la reprise d’entreprises de personnes qui autrement allaient les laisser tomber parce qu’ils partaient à la retraite. Donc c’est une bonne chose, toute cette affaire, non ?

Jean-Yves Chanu :

Que les entreprises trouvent un repreneur, c’est une bonne chose. D’ailleurs il y a des techniques qui existent de longue date, y compris par des acteurs publics, qu’on appelle le capital-risque et à laquelle je suis tout à fait favorable.

Le problème qui est posé, c’est le comportement de ces repreneurs, qui cherchent en fait purement à réaliser une opération financière, et pour ce faire, au lieu d’accompagner l’entreprise dans la durée – ce qui serait une excellente chose -, ils font en sorte de pouvoir la revendre au bout de quatre ans, en général, et de la revendre beaucoup plus cher qu’ils ne l’ont achetée au départ.

Pour faire ça, d’abord ils vont essayer de diminuer tous les coûts qui peuvent être diminués.

Et assez vite, ces coûts, ce sont les frais de personnel. Et surtout, comme il faut bien payer l’endettement qui a permis d’acheter l’entreprise, un argent qui aurait servi à investir va chercher à rembourser l’endettement.

Donc l’entreprise ne va pas investir et progressivement elle va avoir des difficultés. Pascale Fourier :

Mais certains diraient que finalement les Private Equity, c’est mieux que ce que font les investisseurs en bourse : au moins, ils restent 4 ans…

Jean-Yves Chanu :

Oui, mais ce serait mieux s’ils restaient plus que quatre ans. Leur problème, en réalité, ce n’est pas la croissance à long terme de l’entreprise ; leur problème est de doubler le prix de vente de l’entreprise dans une période très courte.

Pascale Fourier :

J’avais entendu un économiste, proche du MEDEF dans le temps, qui disait que finalement c’était quand même de bonnes choses, ces Private Equity, parce que ceux qui investissaient dans des entreprises comme celle-là, plus petites, pas des multinationales par exemple, étaient plus proches de la direction, étaient plus présents, étaient plus attentifs à la réalité de ce qui se passait dans l’entreprise.

C’est l’expérience que vous en avez ?

Jean-Yves Chanu :

Là encore, il y a reprise et reprise. C’est-à-dire qu’on ne peut pas comparer le comportement d’un investisseur dans une entreprise du CAC 40 avec le comportement d’un fonds dans une entreprise de 50 salariés. Ce n’est pas du tout pareil : dans une entreprise de 50 salariés, l’employeur, il travaille, il est très proche de ses salariés. Donc, en fait on compare des choses qui ne sont pas comparables.

Dans une entreprise importante rachetée par un fonds d’investissement, dans la pratique, le fonds d’investissement va dessaisir la direction de l’entreprise de ses prérogatives, dans la mesure où c’est lui qui va décider de la stratégie.

Il ne va pas la décider en étant proche de l’entreprise, il va la décider en regardant des ratios.

Moi je n’appelle pas être proche de l’entreprise et de ses salariés, de regarder si le montant des stocks rapportés au chiffre d’affaires correspond aux statistiques des analystes financiers, ou ne correspond pas.

Pascale Fourier :

« LBO », qu’est-ce que ça va changer dans la gestion des entreprises ?

Jean-Yves Chanu :

Ce qu’on observe dans les LBO, c’est qu’il y a trois conséquences très importantes dans la gestion de l’entreprise :

  • La première, c’est sur les salaires et emplois. Dans la mesure où on cherche à réaliser des économies, on va très vite – mais ça, je crois qu’on l’a déjà évoqué – faire des économies sur l’emploi. Donc, il ne va pas y avoir forcément de plan de licenciement, mais l’entreprise ne va pas créer d’emplois.
  • Deuxième conséquence, c’est sur l’investissement. On observe, notamment aux États-Unis, que les entreprises sous LBO sont des entreprises qui investissent moins que les autres, et à un moment donné, ça atteint la substance de l’entreprise.
  • Et puis la troisième chose, ce sont des conséquences sur la gouvernance de l’entreprise. La direction de l’entreprise, c’est-à-dire concrètement son conseil d’administration, est dessaisie de ses activités, puisque sa prérogative principale, qui est de définir la stratégie, est définie par le fonds d’investissement.
  • Et puis une quatrième conséquence, c’est que, dans un pays comme la France où il y a des institutions représentatives du personnel, qui ont un certain nombre de droits, les prérogatives de ces institutions représentatives sont vidées de toute substance, puisque, là encore, ça se décide ailleurs que dans l’entreprise.

Pascale Fourier :Depuis tout à l’heure, on dit « fonds d’investissement » mais, en l’occurrence – ma question est peut-être un peu bête – ce sont des gens comme vous et moi ?

Jean-Yves Chanu :

Non. Ou alors il faudrait qu’on ait un peu d’économie…

Les fonds d’investissement sont des établissements financiers d’un certain type qui sont spécialisés dans ce type d’opérations financières. En France, concrètement, ce sont principalement des filiales des banques et des compagnies d’assurances qui sont spécialisées dans ces activités. Par exemple, Axa, l’un des plus importants, a une filiale, « Axa Private Equity », qui est spécialisée dans ces opérations. Et même un acteur public comme la Caisse des Dépôt possède une importante structure de Private Equity qui s’appelle « CDC entreprises ».

À l’origine, c’était ce qu’on appelait le « capital-risque », mais aujourd’hui 90 % de ces filiales de Private Equity font des opérations de reprises d’entreprises, et pas du capital-risque au sens classique du terme.

Pascale Fourier :

Il y a un petit truc que je ne comprends pas. Axa, normalement, fait des assurancesQuel est son intérêt de se lancer dans ce genre d’affaire ?

Jean-Yves Chanu :

Axa fait des tas de choses. L’un des phénomènes les plus importants dans le secteur des assurances depuis 20 ans, c’est ce qu’on appelle la « banque-assurance », c’est-à-dire qu’on a un rapprochement entre les métiers de la banque et les métiers de l’assurance. Dans le même temps, on a un éclatement des métiers de la banque. En fait, faire de l’assurance-vie par exemple et faire de l’épargne, ce sont des choses très proches, et ça amène donc les compagnies d’assurances à aller de plus en plus sur les métiers bancaires. C’est pour cela que Axa a une filiale de Private Equity.

Pascale Fourier :

Et si ces gens-là n’existaient pas, quel autre processus pourrait-on mettre en œuvre pour justement assurer la reprise d’entreprise de patrons qui partent à la retraite, etc… ?

Jean-Yves Chanu :

Je rappelle que, avant, il existait ce qu’on appelle le capital-risque. Le capital-risque peut fonctionner autrement que les fonds de Private Equity.

Le principal reproche que je fais à ces fonds, c’est de sortir au bout de quatre ans quand il faudrait être présent pendant 10 ans, et d’avoir fait une augmentation du résultat économique de ces entreprises.

On pourrait faire la même chose, c’est-à-dire en particulier reprendre les entreprises, mais le faire différemment.

De ce point de vue-là, on serait en droit d’attendre d’un acteur public comme la Caisse Des Dépôts par exemple de faire autre chose. C’est pour cela que, en ce qui nous concerne, à la CGT, nous proposons la création de Fonds Régionaux pour le Développement Solidaire des Territoires, qui associeraient des acteurs publics avec des investisseurs privés et dont l’une des fonctions pourrait être d’aider à la reprise des entreprises par les salariés, mais à des conditions différentes à la fois d’un point de vue financier, et du point de vue de la capacité effective de ses salariés de décider de ce que fait leur entreprise.

Pascale Fourier :

Tout à l’heure vous avez utilisé le mot « capital-risque ». Mais on ne l’a jamais défini : qu’est ce que ça veut dire ?

Jean-Yves Chanu :

Ce qu’on appelle le capital-risque, c’est en fait une technique financière, qui existe depuis très longtemps. Existaient dans les années 60 et 70 les sociétés de développement régional, par exemple, qui faisaient ce qu’on appelle aujourd’hui du capital-risque.

Ca consiste à intervenir dans des entreprises, soit en fonds propres, soit en leur accordant des prêts, entreprises dans lesquelles les banquiers ou la bourse n’iraient pas naturellement parce que le risque est trop élevé, l’idée étant que si on réussit à mutualiser ce risque, on peut investir là où naturellement on n’investirait pas.

Cette technique peut être extrêmement utile, notamment pour les PME, que les banques ont naturellement tendance à ne pas avoir envie de financer, en tout cas à long terme.

Pascale Fourier :

Les personnes qui investissaient dans le capital-risque n’avaient pas les exigences qui sont celles des Private Equity ?

Jean-Yves Chanu :

Moins nettement. On investissait à plus long terme, mais on n’avait pas les exigences de rentabilité qu’on a aujourd’hui.

Pascale Fourier :

Parce qu’ils étaient moraux ?

Jean-Yves Chanu :

C’était différent. Je dirais parce que la finance a beaucoup changé en 20 ou 30 ans et que, c’est vrai, l’exigence de rentabilité financière il y a 20 ans n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. Et puis on avait des acteurs publics qui intervenaient dans une logique de service public. Alors, après, il y a eu d’autres problèmes, mais ce n’était pas parce qu’ils ont été moraux qu’ils ont eu des difficultés, c’est parce que ce n’était pas toujours bien géré.

Pascale Fourier :

Est-ce que ça veut dire à terme, finalement, entre ce qui se passe à la Bourse et ce phénomène de Private Equity, que l’ensemble des entreprises qui ont un peu de corps on pourrait dire, qui sont quand même assez importantes, vont passer entre les mains de financiers qui vont demander une rentabilité aussi importante ?

Jean-Yves Chanu :

Il y a quelque chose d’important dans ce que vous dites, c’est que n’importe quelle entreprise ne peut pas faire l’objet d’un LBO.

Pour avoir une entreprise qui soit intéressante du point de vue d’un LBO, c’est-à-dire qui va pouvoir rembourser ses dettes, il faut d’abord que cette entreprise ait des revenus récurrents, c’est-à-dire qu’il ne faut pas que ça soit un secteur dans lequel pendant trois ans ça se passe bien, et pendant trois ans on fait des pertes. Il faut qu’on fasse tout le temps de l’argent. C’est la première condition.

La deuxième condition, c’est que ce ne sont pas des entreprises en création, ce sont des entreprises plutôt à maturité, d’où le problème de succession des employeurs.

Et puis, troisièmement, il faut que l’entreprise ne soit pas endettée, parce qu’il faut qu’on puisse utiliser la trésorerie qui est là pour précisément payer les dettes qui vont apparaître.

Donc, on ne peut pas faire ça avec n’importe quelle entreprise.

Après, oui, toutes les entreprises qui présentent ces caractéristiques peuvent potentiellement être la cible de fonds d’investissement. J’avais dit de manière un peu audacieuse qu’un jour les fonds de capital-investissement pourraient se payer EDF.

On trouvait que j’avais un peu exagéré et puis, juste après, on a eu une opération aux États-Unis, où on rachetait un opérateur électrique, ce que l’on appelle un énergéticien, qui était plus petit qu’EDF, mais qui n’était pas incomparable.

Toutes les entreprises rentables ayant une bonne trésorerie peuvent aujourd’hui, vus les montants en cause, faire l’objet potentiellement d’un LBO.

Pascale Fourier :

J’ai cru comprendre aussi que les Private Equity à un moment revendent l’entreprise. Ils la revendent à qui ?

Jean-Yves Chanu :

A un autre fond de Private Equity. C’est bien là le problème. Pour faire simple, l’objectif, quand on va racheter une entreprise, ça va être de doubler la valeur de l’entreprise en quatre ans. Quand on a bien choisi sa cible, quand elle a effectivement beaucoup de trésorerie, quand les délais clients sont par exemple de 90 jours, on peut les faire baisser à 60 jours etc, et on va y arriver.

Le problème, c’est que le deuxième fond va aussi vouloir en quatre ans doubler à nouveau la valeur de l’entreprise, et là, ça va être beaucoup plus compliqué.

C’est pour ça que je pense que autant ce qu’on appelle les « LBO primaires » sont souvent soutenables si c’est bien fait, autant les LBO secondaires et tertiaires…

Ce sont ceux-là où, en réalité, on va commencer à supprimer des emplois, où on va reporter des investissements indispensables, etc.

Pascale Fourier :

Est-ce que ça veut dire aussi que ça mène à une logique, soit de délocalisation, soit d’achat de matières à l’étranger ?

Jean-Yves Chanu :

Ça conduit fortement à la délocalisation. C’est-à-dire que si on est dans un secteur dans lequel il y a un potentiel de délocalisation, alors la première chose qu’on va faire pour améliorer la rentabilité, ça va être de délocaliser.

Pascale Fourier :

Et ça peut être carrément la fermeture des unités en France ?

Jean-Yves Chanu :

Cela dépend des secteurs. Dans un certain nombre de secteurs, ça sera forcément la fermeture des unités en France. Si on est dans les secteurs genre petit électroménager, textile, oui, alors là, si on n’a pas encore délocalisé, c’est la première chose qu’on va faire.

Pascale Fourier :

C’était Des Sous Et Des Hommes, sur Aligre FM, en compagnie de Pierre-Yves Chanu qui est économiste à la CGT.

Je ne peux que vous conseiller de vous intéresser de près à ce problème de LBO et des Private Equity. On trouve assez peu de renseignements sur le net, mais il y a un collectif qui a été monté dont on peut sans doute se rapprocher.

La semaine prochaine, émission mystère pour l’instant. En vérité je suis comme tout le monde, j’attends le résultat des élections. Et donc, pour l’instant, je ne peux rien dire. Peut-être une rediffusion en attendant de pouvoir faire mieux, ce dont je vous prie de m’excuser.

Voilà. En tous les cas à la semaine prochaine, et j’espère qu’on ne pleurera pas.


Rappel : Vous pouvez imprimer ce texte.

Quel que soit l’usage que vous en ferez, il vous est demandé de citer votre source : Emission Des Sous…et des Hommes du 1° Mai 2007 sur AligreFMMerci d’avance.


Le progrès technique, les délocalisations, la concurrence internationale… expliquent-ils le chômage ?

Classé dans : Outils/Bon à savoir — uriniglirimirnaglu @ 15 : 49

Des sous et des hommes – sur ALIGRE FM 93.1 en région parisienne

mercredi 8 octobre 2003
par Pascale Fourier

Une émission proposée et présentée par Pascale Fourier – avec Thomas Coutrot, Economiste à la DARES.mercredi, 8 octobre 2003 / Pascale Fourier

Pascale Fourier : Le chômage s’en va, le chômage revient. On ne sait plus trop bien. Pourquoi est-il là, pourquoi n’est-il plus là ? Mystère. Le commun des mortels a donné de multiples explications au chômage, ces dernières années. Le progrès technique, les délocalisations, la concurrence internationale, par exemple. Vrai ou faux ? Explication valable ou explication qui n’est pas valable du chômage. Je suis allée voir Thomas Coutrot pour le lui demander.

Thomas Coutrot : Prenons pour commencer, par exemple, le progrès technique, puisque, en effet, c’est une thèse que l’on entend assez souvent. On entend souvent les non-économistes dire : « Aujourd’hui, avec l’informatique et les nouvelles technologies, il y a des gains de productivité fantastiques, les guichets automatiques remplacent les employés de banque, les distributeurs automatiques remplacent les employés des boutiques vidéo, et maintenant, avec Internet, tout va se faire par le réseau et donc cela va supprimer des dizaines de milliers, des millions d’emplois. » On a parlé même de la fin du travail. C’était la thèse célèbre de Ripkin, dans les années 90-95. Ce qui est rigolo c’est que ça, c’est un discours de non-économiste. Mais tous les économistes, qu’ils soient de droite, de gauche, orthodoxes, libéraux, marxistes, etc., tous les économistes sont au moins d’accord sur une chose, c’est que ce n’est pas le progrès technique qui est à la source du chômage. Pour plusieurs raisons.

La première raison c’est, en fait, qu’il y a certainement du progrès technique en ce moment, mais il n’y a pas de productivité. C’est-à-dire que, contrairement à ce que l’on pense souvent, aujourd’hui, la productivité augmente beaucoup moins vite que par le passé.

Pascale Fourier : Productivité … ?

Thomas Coutrot : La productivité, c’est le volume de richesse produite par chaque personne, par chaque salarié par exemple. Dans les années 50-60, le volume de marchandise ou de service produit par chaque personne augmentait d’à peu près 5 % par an. Aujourd’hui, c’est seulement 2 %. C’est un ralentissement considérable de ce qu’on appelle les gains de productivité, qui coïncide d’ailleurs avec la fin des années 70 et la montée du chômage. Quand on regarde simplement les faits, au moment où le chômage augmente, la productivité ralentit et le progrès technique, donc, ralenti, apparemment. Déjà, c’est une première raison qui fait qu’on ne peut pas dire que c’est à cause de la productivité, à cause du progrès technique que le chômage a augmenté.

La deuxième raison, c’est, en fait, que la productivité, c’est-à-dire l’accroissement de l’efficacité du travail et de l’efficacité de l’utilisation des techniques, est au contraire un facteur de création d’emploi à long terme. Cela va stimuler la croissance, cela va stimuler les nouvelles créations d’entreprise, les nouvelles initiatives. Donc là, il y a vraiment un consensus, c’est assez curieux, c’est l’un des seuls sujets sur lequel les économistes sont d’accord : il n’y a pas de lien entre productivité et chômage. Et ça c’est une idée qui est très difficile à faire passer chez les non-économistes parce que c’est un fait, effectivement, qui semble évident. C’est le sens commun qu’une machine va remplacer un homme et que donc les machines vont mettre les hommes au chômage. Et bien c’est pas du tout comme ça que ça se passe au niveau macroéconomique, au niveau de l’économie dans son ensemble.

Evidemment, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des professions qui disparaissent à cause du progrès technique. Bien entendu, il y a des professions qui disparaissent. Aujourd’hui il n’y a plus de cocher, par exemple, pour conduire les charrettes ou les carrosses dans les rues de Paris, il n’y a plus de porteur d’eau, il n’y a plus les métiers qui évidemment fournissaient beaucoup d’emploi jusqu’au 19e siècle. Il y a des métiers qui disparaissent, mais il y en a d’autres qui apparaissent, c’est ça qui est le plus important. Aujourd’hui il y a des nouveaux métiers qui surgissent. Ça peut être des professions de très mauvaise qualité : livreur de pizza, employé de Mac Donalds. Ce sont des nouveaux métiers, mais des métiers pas très désirés, pas très souhaitables. Il y a aussi des nouveaux métiers qui sont intéressants, bien payés, qualifiés, que cela soit dans la nouvelle économie ou bien ailleurs… Alors c’est vraiment une explication qu’on peut écarter complètement, l’explication par le progrès technique.

Pascale Fourier : Et celle sur les délocalisations, par exemple. Je pensai que ça comptait pour le textile, la sidérurgie. Enfin, au début, c’est ce qu’on pense.

Thomas Coutrot : Tout à fait. L’explication par le problème des délocalisations est déjà un tout petit peu plus sérieuse que l’explication par le progrès technique – mais c’est pas encore vraiment ça le problème. Pourquoi c’est un peu plus sérieux ? Parce que c’est vrai que pour certains secteurs – on prend l’exemple le plus net : les secteurs du jouet, de la chaussure, de l’habillement – dans ces secteurs-là, beaucoup d’entreprises françaises ou européennes ont délocalisé leur production dans des pays d’Asie, d’Afrique du Nord où les coûts de production sont beaucoup moins chers. Donc, pour les ouvriers et les ouvrières de ces entreprises – puisque c’est surtout des ouvrières qui travaillaient dans ces entreprises -, la délocalisation s’est traduite par des licenciements et du chômage. C’est vrai à un niveau sectoriel.Ça n’est plus vrai du tout quand on regarde l’économie dans son ensemble. Quand on fait le bilan de l’augmentation du commerce international de la France. En terme de création d’emplois en France, ce bilan est favorable pour la France. L’augmentation du commerce international a été un facteur de création d’emplois pour la France. Pourquoi ? Parce que, évidemment, on va acheter des produits à la Chine, aux pays asiatiques, aux pays d’Afrique, mais eux-aussi vont nous acheter des produits. Donc ils vont faire travailler des salariés en France. Quand on fait le bilan entre les emplois qui sont créés par les exportations françaises -c’est-à-dire par ce que la France vend aux pays étrangers – et les emplois qui sont détruits par les importations – par les choses que les Français achètent à l’étranger -, globalement le bilan est très favorable pour la France. Mais il est défavorable dans certains secteurs, dans les secteurs, disons, les moins qualifiés : les secteurs du textile, de l’habillement, de la chaussure, du jouet. Et il est favorable dans les secteurs de l’aéronautique, des transports, de la mécanique, de la chimie, etc. Dans les secteurs de haute technologie, le bilan en terme d’emplois est très favorable pour la France et on ne peut pas dire du tout que les délocalisations soient un problème au niveau global.

Alors, bien entendu, cela pose des problèmes sérieux pour certains métiers et pour certaines régions qui sont particulièrement spécialisées. Le Nord était spécialisé dans le textile, la région de Cholet est spécialisée dans la chaussure… Donc c’est vrai que les entreprises quand elles sont spécialisées dans la chaussure, quand elles délocalisent ou quand elles ferment, cela crée des difficultés dramatiques au niveau local. Mais, si on raisonne d’un point de vue global – l’économie cela sert aussi à ça, à avoir un point de vue global -, alors les choses sont moins simples.

Pascale Fourier : Mais alors, c’est dû à quoi le chômage ?

Thomas Coutrot : Fondamentalement, le chômage a explosé dans les années 80 au moment où les entreprises ont estimé qu’elles n’étaient plus assez rentables, il fallait se restructurer. Donc des centaines de milliers d’emplois ont été supprimés au cours des années 80 parce que les entreprises étaient face à une situation où leurs coûts étaient trop élevés, leur marge de rentabilité trop faible, et la concurrence internationale, l’ouverture sur le marché mondial, la libéralisation du commerce, tout cela faisait que la pression de la concurrence était très forte et les entreprises ont du se restructurer. Elles l’ont fait de façon brutale, notamment en France, moins brutale peut-être que dans d’autres pays comme l’Angleterre. Donc au début des années 80, entre 81 et 86, il y a eu une véritable explosion du chômage qui était due surtout, du point de vue des investisseurs capitalistes, à cette insuffisance de rentabilité du capital investi.

Pascale Fourier : Ils ont cherché à faire quoi ? A amoindrir les salaires, le nombre de salaires ?

Thomas Coutrot : Ils ont cherché à diminuer la masse salariale et surtout à baisser le coût du travail et donc notamment à précariser, à flexibiliser le travail et à externaliser vers les sous-traitants. Chez les entreprises comme Renault, par exemple, l’emploi diminue de 5 à 6 % par an depuis vingt ans. Et ça ne vient pas seulement des gains de productivité, ça n’est pas uniquement parce que les travailleurs de chez Renault sont de plus en plus efficaces. C’est parce que Renault a décidé de faire de moins en moins de choses et de confier de plus en plus de ses fabrications à la sous-traitance. Et la plupart des entreprises industrielles font la même chose.

Donc on a un dégraissage des effectifs, une externalisation – c’est-à-dire qu’on va confier à la sous-traitance ce qu’on faisait avant, cela va permettre souvent de rationaliser, d’éliminer les choses qu’on faisait en double. Il y a toute une série de pratiques qui ont été menées de façon assez intense dans les années 80 et qui ont provoqué à la fois une baisse des salaires dans la richesse créée – dans les année 80, la part des salaire dans la richesse créée chaque année par le travail des Français s’est effondrée, elle a perdu 10 points. 10 % de la richesse créée dans les années 80 sont passés directement du travail vers le capital « grâce » à ces restructurations – « grâce », entre guillemets bien entendu. En même temps, le chômage a explosé. C’est d’ailleurs assez intéressant : au moment où le coût du travail baissait fortement, le chômage explosait. Ça c’est pour expliquer l’augmentation du chômage dans les années 80, c’est fondamentalement ces restructurations, liées aussi au fait que l’on entrait dans une nouvelle période de l’organisation de l’économie mondiale : avec moins de protection, moins de marchés réservés, pour les entreprises françaises par exemple, et la nécessité de se battre sur des marchés étrangers, de subir la concurrence d’autres pays sur ses propres marchés. Cela a obligé les entreprises qui voulaient rester suffisamment rentables à ajuster assez fortement leurs effectifs.

A la fin des années 80, on peut dire que cette raison de l’augmentation du chômage n’existait plus, c’est-à-dire que les entreprises françaises avaient retrouvé un niveau de rentabilité et de compétitivité qui était largement équivalent à ceux de leurs concurrents. Et pourtant le chômage a encore augmenté fortement entre 90 et 95. Mais ça, c’est principalement à cause de la politique économique qui a été menée à ce moment-là. On a eu une politique économique qui a été désastreuse, pour des raisons compliquées, mais la raison essentielle c’était la mise en place de la monnaie unique : l’idée qu’il fallait absolument réduire les déficits et les dépenses publiques de façon à satisfaire aux critères de convergence de Maastricht – pour arriver à rentrer, disons, dans le carcan imposé par les critères de Maastricht pour rentrer dans la monnaie unique. En plus il y a eu, au début des années 90, des problèmes importants sur la monnaie, des vagues de spéculations entre les monnaies européennes, contre le franc, contre la livre britannique. C’est-à-dire que les spéculateurs ont jugé que le franc était trop cher par rapport aux autres monnaies, notamment au mark allemand, et ont estimé qu’il fallait vendre du franc et acheter du mark parce que le franc allait forcément baisser. Et à ce moment-là, Bérégovoy, le ministre des Finances de l’époque, a décidé de défendre coûte que coûte le franc fort, de défendre la valeur du franc par rapport au mark. Ça a donné des politiques avec des taux d’intérêt extrêmement élevés, pour convaincre les spéculateurs que le franc allait rester une monnaie attractive. Donc la France a payé des taux d’intérêt très élevés sur des dépôts en franc et cela a achevé de ruiner la croissance. Dans la première moitié des années 90, on a eu une croissance extrêmement lente, et même négative – on a eu une récession très forte en 93. Et donc, c’est à cause de cette politique macroéconomique complètement restrictive et complètement suicidaire du point de vue du chômage…

Pascale Fourier : Mais elle a été dénoncée en son temps ?

Thomas Coutrot : Oui, bien sûr, il y a eu de fortes critiques contre cette politique. Elle a été très critiquée, pas par la majorité des économistes, malheureusement, mais par certains économistes. Je le répète, c’est une politique qui a été menée par Pierre Bérégovoy, ministre des Finances de gauche, et ensuite poursuivie par Balladur quand il est devenu Premier ministre.

Pascale Fourier : Mais peut-être que c’était une nécessité de défendre la monnaie, non ?

Thomas Coutrot : Certainement pas par cette méthode-là. Pourquoi le gouvernement de l’époque a choisi de défendre la valeur du franc par rapport au mark ? C’était pour affirmer politiquement le fait que la monnaie unique était quelque chose d’irréversible et que la valeur du franc par rapport au mark était quelque chose de gravé dans le marbre, qu’on ne pourrait plus jamais modifier. C’était donc une décision politique extrêmement forte mais extrêmement rigide. Par exemple, l’Espagne ou l’Italie ont dévalué leurs monnaies – c’est à ce moment-là -, ce qui leur a évité une augmentation importante du chômage ; et pourtant, aujourd’hui, elles sont dans la monnaie unique. Simplement, Mitterrand et Bérégovoy ont jugé que la France ne pouvait pas se permettre de dévaluer sa monnaie pour des questions, sans doute, d’honneur national, à mon avis mal placé.

On estime que rien que cette décision de ne pas dévaluer le franc en 92 a coûté 500 000 emplois à l’économie française, sans compter ensuite les politiques de taux d’intérêt élevés et les politiques de restriction budgétaire à cause des critères de Maastricht. On peut dire que, pour l’essentiel, l’augmentation du chômage au début des années 90 est due à ces choix de politique économique. Moi, j’appelle ça des erreurs, mais ce n’était pas des erreurs, en fait, c’était des choix. Les gens qui ont pris ces décisions savaient le coût que ça allait avoir sur la croissance et donc sur le chômage, mais ils avaient choisi politiquement d’affirmer la valeur du franc fort comme un objectif plus important que la lutte contre le chômage.

Rappel : Vous pouvez imprimer ce texte. Quel que soit l’usage que vous en ferez, il vous est demandé de citer votre source : Emission Des Sous…et des Hommes du 29 Janvier 2002 sur AligreFM. Merci d’avance.

Faut-il faire baisser les impôts ?

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Des sous et des hommes – Une émission proposée et présentée par Pascale Fourier sur ALIGRE FM 93.1 en région parisienne

dimanche 16 novembre 2003
par Pascale Fourier

EMISSION DU 20 NOVEMBRE 2001

Michel Prat est chercheur à l’université Paris I Sorbonne, Paris XI et professeur de finance publique.

Pascale Fourier : C’est étonnant : qu’ils soient de droite ou de gauche, tout le monde veut baisser les impôts ! Certes, c’est une question qu’il faut prendre en compte en regardant également son intérêt personnel. Mais n’est-elle pas lié à l’intérêt de l’ensemble de la société ? Est-ce si bon que cela de baisser les impôts ?

Michel Prat : Il est vrai que c’est un sujet d’actualité. Mais avant de parler de baisse, il faut peut-être rappeler ce qu’est l’impôt. La définition est d’ailleurs assez simple. C’est un prélèvement pécuniaire obligatoire qui est effectué à titre définitif sans contre-partie immédiate. C’est donc un prélèvement qui est fait à chaque citoyen et dont on ne peut pas indiquer personnellement ce que l’on doit en faire. La contre-partie, à plus long terme, se retrouvera par contre à travers les charges publiques et l’intérêt général.

Pascale Fourier : Lorsque l’on parle de baisse d’impôts, s’agit-il des impôts sur le revenu, d’impôts sur les sociétés ?

Michel Prat : Parlons du budget de l’état, en donnant quelques chiffres. Il représente environ 1700 milliards. L’impôt sur le revenu rapporte 350 à 400 milliards, celui sur les sociétés environ 200 milliards. Il reste ensuite bien d’autres types d’impôts, comme les taxes parafiscales ou la TVA par exemple, qui prélève sur la consommation 19.6% supplémentaire au commerçant, que celui-ci reverse ensuite à l’état.

Pascale Fourier : Mais à quoi vont bien pouvoir servir tous ces milliards ?

Michel Prat : On peut rappeler une date importante à ce sujet : 1789. C’est la première fois que l’on confie la tâche de décider comment subvenir aux besoins collectifs du pays à un parlement, c’est-à-dire aux élus du peuple. Ce sont donc les citoyens, à travers leurs représentants, qui vont décider d’abord de l’utilité des impôts, puis de leurs fonctions.

Pascale Fourier : Avant cela, il n’existait que la cassette du roi ?

Michel Prat : Effectivement, le roi s’adressait alors à ses représentants fermiers ou aux seigneurs, il leur indiquait les sommes à prélever en fonction de ses besoins et l’argent était collecté. Mais il y avait quand même beaucoup de problèmes financiers, notamment pour les armées. Alors, n’arrivant pas à rassembler suffisamment d’argent, des assemblées de ceux qui devaient contribuer ont été constituées. C’est ainsi que le parlementarisme est né en Grande Bretagne, en France, où ces rassemblements ont montré une plus grande efficacité à collecter. Le Parlement s’est alors posé des questions sur le but des impôts et les quantités à prélever.

Pascale Fourier : Qu’a-t-il été décidé alors ?

Michel Prat : Actuellement, les impôts couvrent les charges publiques générales. C’est-à-dire l’éducation, la justice, la police, les infirmières également, dont on a parlé ces derniers temps parce qu’il en manquait. Voilà beaucoup de tâches générales qui sont payées par l’impôt, auquel chacun contribue. Et cela nous amène inévitablement à se pencher sur la question de la justice fiscale à laquelle les impôts répondent. Cette question avait déjà été évoquée un peu avant la Révolution, au siècle des Lumières. Les inégalités étaient alors très importantes. La mise en place d’une contribution de chacun en fonction de ses revenus permit alors d’assurer un minimum de services à l’ensemble de la population de façon égale pour tous.

Pascale Fourier : Les routes, l’école, l’hôpital pour tous. C’est donc cela qu’il y a derrière les impôts ?

Michel Prat : L’accès aux écoles maternelles, primaires ou autres sont normalement gratuites. Cela constitue l’une des valeurs fondamentales de notre société qui est le principe d’égalité. On comprend mieux dés lors sur quelle base se justifie l’aspect obligatoire du prélèvement des impôts. Tout le monde voit ainsi ses besoins satisfait, en particulier ceux qui ont très peu de revenus.

Pascale Fourier : Les impôts servent à des aspects essentiels de notre société comme l’école, les hôpitaux, la justice. Tout cela est extrêmement important et malgré cela, il y a de nombreux problèmes de fonctionnement dus au manque de moyens, entraînant souvent des mouvements de protestation dans ces domaines. Plus grave encore, les partis politiques, et notamment de gauche, annoncent qu’il faut baisser les impôts. Pourquoi une telle contradiction ?

Michel Prat : Il est effectivement tentant individuellement et à priori de vouloir une baisse d’impôts. Mais d’autres peuvent également faire le souhait d’en payer plus car cela serait synonyme de revenus plus importants. On remarque que ce sont surtout les hauts revenus qui demande cette baisse et c’est cela qui a été réalisé par les différents partis politiques qui se sont succédés au pouvoir. Il faut expliquer également que l’impôt sur le revenu est progressif. En effet, les tranches basses de l’impôt, c’est-à-dire les revenus de nécessités courantes, payent des taux faibles, de l’ordre de 10 à 20%, alors que seule la part la plus élevée des revenus peut être taxée jusqu’à 50%. C’est une idée qui date de l’époque des Lumières et de Rousseau. L’impôt devait être faible sur les revenus servant à satisfaire nos besoins immédiats comme se vêtir, se loger, se nourrir. Les revenus moins directement nécessaires pouvaient alors être taxés de façon plus importante.

Pascale Fourier : Cela veut dire que même les personnes riches payent un taux d’imposition aussi faible que les autres sur la première partie de leurs revenus ?

Michel Prat : Oui. Il y a donc une certaine égalité. D’ailleurs, une étude récente faisait le bilan d’un siècle ou deux de paiement d’impôts sur le revenu et donnait des chiffres ou les prélèvements étaient bien plus importants qu’aujourd’hui, notamment au début du siècle. Qui se souvient de la fiscalité des années 80, où la part supérieure était taxée à plus de 60 % et même plus de 70 % quelques temps auparavant. Il n’y a pas eu de drame pour autant de la part des personnes qui gagnent énormément.

Pascale Fourier : Des arguments récurrents sont avancés contre la hausse des impôts, assurant que cela les découragerait de travailler, que les hauts revenus partiraient vers l’étranger.

Michel Prat : C’est vrai que certains tentent de partir vers l’étranger. Mais on s’est rendu compte qu’ils étaient peu nombreux et que c’était surtout ceux qui avaient oublié de payer leurs impôts. Mais ils ne sont que quelques dizaines ou centaines de personnes sur plusieurs millions d’habitants. De plus, la France a quand même une politique de l’impôt plutôt intelligente qu’il faut préserver. Car, à force de baisser les impôts, il y aura moins de rentrées dans les caisses de l’état. Cela réduira alors les services proposés. C’est le cas des Etats-Unis qui, dans les années 60 et 70, affirmaient que les impôts étaient du vol. Il y a eu alors un fort mouvement de baisse des impôts. Le résultat de cette politique a été une baisse des services publics. Et, après quelques années de négligence sur l’entretien du réseau électrique en Californie, il y a eu des coupures électriques comme dans les pays en voix de développement quand il y a de graves difficultés. On s’aperçoit que cela n’est pas si simple et que la réflexion sur l’impôt demande un débat. On doit se demander de combien les baisser, comment les répartir et surtout comment les utiliser. Car souvent, ceux qui demandent des baisses trouvent qu’ils en payent trop mais ont-ils bien compris ce qu’ils reçoivent en échange ?

Pascale Fourier : Peut-être pensent-ils pouvoir se payer eux-mêmes des services qu’ils trouveraient à l’extérieur ?

Michel Prat : Seules les 5 à 10 % les plus riches peuvent sûrement se passer de sécurité sociale, de tarifs attractifs pour les transports en commun ou de l’école gratuite. Mais si l’on se souvient des principes de base de notre société  » Liberté, Egalité, Fraternité « , l’idée était alors d’augmenter le niveau de vie général de l’ensemble de la population. De plus, la nouvelle économie pouvant permettre aujourd’hui un enrichissement très rapide, les écarts se creusent entre les différences de revenus. Ce sont alors les couches salariales les plus basses qui en pâtissent les premiers. Si les problèmes économiques touchent d’abord les ménages les plus pauvres, il est nécessaire de continuer l’éducation gratuite des enfants, des aides pour les soins médicaux. Il faut qu’il y ait une répartition des richesses pour compenser les inégalités toujours croissantes de ces dernières années.

Pascale Fourier : L’un des arguments des libéraux affirme que les personnes fortement taxées sont, à cause des impôts, découragés de travailler. Qu’en pensez-vous ?

Michel Prat : Il faut d’abord indiquer que le taux le plus élevé de l’impôt sur le revenu, actuellement de 50%, a déjà été diminué. Puis il est nécessaire de savoir si l’on travaille uniquement pour la rentabilité économique et financière. Il n’y aurait alors plus beaucoup d’activités dans le pays. Si l’on pense aux enseignants ou aux personnels hospitaliers, ils sont dévoués à leur métier malgré un salaire plutôt bas. Il n’y a pas que le gain financier qui est attractif. Que serait la société si ce n’était que cela ! On vit pour un certain nombre de valeurs autres que la valeur financière. Surtout lorsque les dépenses de premières nécessités et bien au-delà sont satisfaites. Quand on parle de taux de 50%, cela touche des revenus de 600 mille à 1 million de francs et plus. Il leur reste encore de quoi faire face.

Pascale Fourier : Un autre argument libéral dénonce les impôts trop élevés sur les sociétés, le risque étant de brider la compétitivité française. Quelles propositions alternatives répondent à cette idée souvent répandue ?

Michel Prat : Le premier point est de comparer ce taux d’imposition sur les entreprises. Nous serons bientôt à un niveau proche des 30%, ce qui nous rapprochera beaucoup des autres pays. Il n’y a donc pas de difficultés majeures en terme de compétitivité. L’autre aspect concerne les services communs dont bénéficient les entreprises qui s’implantent dans une zone industrielle. Elles trouvent à leur porte le téléphone, l’eau, l’électricité. Ce sont bien nos impôts qui ont permis cela. D’ailleurs, les entreprises ne viennent que lorsque l’ensemble de ces services est implanté. En allant encore un peu plus loin dans le raisonnement, on peut remarquer que les personnes allant travailler dans ces entreprises ont été formées, elles ont fait des études et ce ne sont pas les entreprises qui les ont formées. Qui plus est, il est reconnu que la France assure un bon niveau de formation, dont la compétitivité des entreprises a besoin. Et cela est dû, bien sûr, à l’ensemble des impôts versé par les individus et par les entreprises. Quelle serait alors la situation financière des entreprises si elles devaient subvenir elles-mêmes au besoin de formations comme auparavant ? Le problème n’est pas si simple.

Pascale Fourier : Je ne comprends toujours pas pourquoi des hommes politiques et notamment de gauche demandent sans arrêt de faire baisser les impôts ? C’est éloquent lorsque l’on entend Fabius.

Michel Prat : C’est sans doute qu’il parait plus simple, pour recueillir l’assentiment du plus grand nombre, de proposer des baisses d’impôts. Mais n’oublions pas toutes les activités d’intérêt général qu’il nous faut fournir. Les responsables politiques, en particulier de gauche, disent par ailleurs qu’il ne faut pas baisser les impôts pour tout le monde, que la répartition va (doit ?) se faire différemment. Le discours est quand même souvent compliqué dans ce domaine. C’est pour cela qu’on peut avoir du mal à s’y retrouver. Pour preuve, une réforme sur la fiscalité était prévue dans les années 70, elle a finalement été reportée aux années 90. Mais elle n’a toujours pas eût lieu. Il y a eu des baisses d’impôts, mais il y a eu des augmentations également. C’est paradoxal car cela s’est passé sous des gouvernements différents. Ils ont à tour de rôle augmenté puis baissé les impôts. On voit bien que la base de leurs discours et de leurs références ne sont pas toujours aussi solides que cela en à l’air. Il y a eu également des demandes très fortes de baisses d’impôts de la part des petits artisans et des petits commerçants, régulièrement reprises. Mais ils ont souvent oublié les mesures de facilités fiscales . Et puis, la compréhension de la répartition des impôts n’est pas facilitée par la multitude d’impôts. Ils sont nombreux et ne sont souvent appliqués qu’au bout de deux ou trois ans d’activités. Mais on rentre là dans la technique même, alors que sur le principe, il faut bien une contribution de tout un chacun. Au final, on peut se dire que si l’on paye beaucoup d’impôts, c’est que l’on a beaucoup de revenus. Il n’existe pas encore à ma connaissance d’impôt qui soit collecté sur un revenu qui n’a pas été gagné.

Pascale Fourier : Il faut alors souhaiter payer beaucoup d’impôts ?

Michel Prat : Oui. Cela sera toujours synonyme de hauts revenus. On peut à nouveau se poser la question de la justice fiscale. Le citoyen a en effet envie qu’on lui rende compte de la nécessité de payer des impôts. C’est là quelque chose de fondamental. Que l’on parle d’impôt sur le plan économique ou même sur le plan technique ou juridique, on oublie que l’impôt est un acte politique. C’est la vie de la société. Il faut donc forcément se reposer la question des grands choix du Parlement. Le citoyen aimerait être sollicité plus souvent au niveau des dépenses parce que l’on peut effectivement considérer qu’il y a des dépenses importantes et d’autres non. On disait bien, au début, dans la définition de l’impôt, qu’il était obligatoire mais que l’on ne décidait pas de son affectation. Ce sont les élus, représentants des citoyens, qui décident là où l’effort doit être porté. Dans ce cas là, la motivation pour payer les impôts serait plus grande, y compris chez ceux qui demandent de les baisser.

Pascale Fourier : Est-ce l’orientation qui est prise avec les discussions actuelles sur le budget de l’état ?

Michel Prat : Le souhait récent du ministère de l’intérieur est d’augmenter les moyens de l’état afin d’assurer la sécurité dans les quartiers et autres. C’est vrai que c’est au niveau du budget de l’état que la répartition des impôts se décide. Mais ces choix ont tendance à être noyés dans des choix difficiles. Lorsque l’on regarde le vote du parlement, on voit que 96% des choix sont identique à l’année précédente, satisfaisant ainsi les mêmes besoins. On s’aperçoit que la marge de manœuvre est faible. C’est peut être dans cette direction qu’il faudrait retravailler, se reposer un certain nombre de questions. Mais cela demande une intervention des citoyens dans la vie publique. On a pu voir, sur le plan local, des listes allant en ce sens aux dernières élections municipales.

Pascale Fourier : Existe-t-il des moyens pour les citoyens de mettre le nez dans le budget de l’état ?

Michel Prat : L’Etat parait effectivement loin. Cela est d’abord possible par le vote de nos représentants, mais également en s’y intéressant, en s’informant ou même lorsque nous sommes sollicités dans notre vie quotidienne. Ne faudrait-il pas, par exemple, mettre un peu plus d’argent au niveau des transports en commun dans les grandes agglomérations ? Et la fiscalité concernant l’environnement ? On s’aperçoit bien qu’il est très difficile de prendre des décisions. On a tendance à vivre sur ce qui existait auparavant et c’est peut être là où les citoyens doivent intervenir dans leurs collectivités et auprès de leurs représentants, en exigeant des comptes rendus. C’est intéressant de savoir les raisons qui ont poussé un député à voter un budget qui peut s’orienter vers la défense nationale, l’éducation ou l’environnement. On peut se demander, par exemple, pourquoi ils ont abandonné la taxe sur les produits polluants. On peut agir ainsi directement sur les choix politiques effectués.

Rappel : Vous pouvez imprimer ce texte. Quel que soit l’usage que vous en ferez, il vous est demandé de citer votre source : Emission Des Sous…et des Hommes du 20 Novembre 2001 sur AligreFM. Merci d’avance.

¤ « Empty, hollow, thud » : l’expérience de Rosenhan

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Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Expérience de Rosenthal.

En psychologie, l’expérience de Rosenhan est une expérience renommée sur la validité du diagnostic psychiatrique, menée par le psychologue David Rosenhan en 1973[1]. Son étude a été publiée dans le Science magazine sous le titre « On Being Sane in Insane Places » (« Un individu sain dans des lieux qui ne le sont pas »)[2]. Elle est considérée comme une critique importante et influente des diagnostics psychiatriques.

L’étude de Rosenhan est composée de deux parties. La première partie implique la participation d’associés en bonne santé mentale, les « pseudo patients », qui ont simulé des hallucinations auditives brèves dans le but d’être admis dans douze hôpitaux psychiatriques des États-Unis, répartis dans cinq États différents du pays. Ils ont tous été admis et reconnus souffrants de désordres psychiatriques. Après leur admission, ils ont agi normalement, et déclaré au personnel soignant qu’ils se sentaient bien, et n’avaient plus d’hallucination du tout. Le personnel de l’hôpital a échoué dans chaque cas à détecter la supercherie, et est au contraire resté persuadé que tous les pseudo patients montraient les symptômes d’une maladie mentale. Plusieurs sont restés internés des mois. Ils ont tous été obligés d’admettre avoir une maladie mentale et accepter de prendre des antipsychotiques pour être libérés.

La seconde partie consistait à demander au personnel d’un hôpital psychiatrique d’identifier de faux patients dans un groupe qui n’en comportait pas. Le personnel soignant a faussement détecté comme imposteurs un grand nombre de vrais malades.

La conclusion de l’étude est que les humains ne peuvent pas distinguer les personnes saines des personnes atteintes d’aliénation mentale dans les hôpitaux psychiatriques. Elle a également illustré les dangers de la dépersonnalisation et de l’étiquetage dans les établissements psychiatriques. (more…)