15 juillet 2013

¤ La grandeur de Mandela est peut-être assurée, mais pas son héritage

Classé dans : Outils/Bon à savoir,Politique/Societe — uriniglirimirnaglu @ 9 : 00

Source : http://resistance71.wordpress.com/2013/07/13/resistance-politique-linsoutenable-legerete-des-heros/

Résistance politique: L’insoutenable légèreté des… héros ?

John Pilger nous en apprendra toujours… Message de cet article: Mandela est un vendu… Nous l’avions déjà lu, nous le l’avions jamais cru. Toutes les icônes sont-elles faites pour être déboulonnées ? La véritable question devient même: Devrait-il y avoir des « icônes » ? Quand on fouille, on trouve souvent des choses inavouables…

– Résistance 71 –

 John Pilger 11 Juillet 2013 url de l’article: http://johnpilger.com/articles/mandelas-greatness-may-be-secured-but-not-his-legacy

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Quand je fis des reportages depuis l’Afrique du Sud dans les années 1960, l’admirateur des nazis Johannes Vorster occupait la résidence du premier ministre à Cape Town. Trente ans plus tard, alors que j’attendais à la grille, c’était comme si les gardes n’avaient pas changé. Des Afrikaaners blancs vérifiaient mon identité avec la confiance de personnes faisant un travail garanti. L’un d’entre eux était en possession de l’autobiographie de Nelson Mandela “La longue marche vers la liberté”. “C’est très motivant” lâcha t’il.

Mandela venait juste de finir sa sieste de l’après-midi et avait l’air encore endormi; ses lacets étaient dénoués. Portant une chemise voyante couleur or, il errait dans la pièce. “Bienvenu de nouveau”, dit le premier président d’une république démocratique d’Afrique du Sud, grand sourire aux lèvres. “Vous devez comprendre qu’avoir été bani de mon pays est un grand honneur”. L’incroyable grâce et le charme de l’homme faisaient que vous vous sentiez très à l’aise. Il gloussa de son élévation au titre de Saint. “Ce n’est pas le boulot que j’avais demandé”, dit-il sèchement.

Il était très habitué à des entretiens déférents et je fus rembaré plusieurs fois, “vous avez complètement oublié ce que j’ai dit” et “Je vous ai déjà expliqué cela…” En ne permettant aucune critique au sujet de l’African National Congress (ANC), il révéla quelque chose du pourquoi des millions de Sud-Africains porteront le deuil de sa personne mais pas de son “héritage”.

Je lui ai demandé pourquoi les promesses que lui et l’ANC avaient faites lors de sa sortie de prison en 1990 n’ont pas été tenues. Le gouvernement de libération, Mandela avait promis, s’emparerait de l’économie d’apartheid, incluant les banques et qu’un “changement ou une modification de nos vues à cet égard sont inconcevables”. Une fois au pouvoir, la politique officielle du parti de mettre un coup d’arrêt à l’apauvrissement de la plupart des Sud Africains, le programme de reconstruction et de développment (RDP), fut abandonné, un de ses ministres expliquant que les politiques de l’ANC n’étaient que des “Thatcherites”.

“Vous pouvez mettre l’étiquette que vous voulez là-dessus”, répondit-il, “… mais pour ce pays, la privatisation est une politique fondamentale.”

“Mais ceci est tout à fait à l’opposé de ce que vous avez dit en 1994.”

“Vous devez comprendre que chaque processus incorpore un changement.”

Bien peu de Sud Africains ordinaires étaient au courant que ce “processus” avait commencé dans le plus grand secret plus de deux ans avant que Mandela ne fut libéré de prison, quand l’ANC en exil avait, de fait, conclu un marché avec des membres importants de l’élite Afrikaaner dans des réunions dans une propriété d’état, Mells Park House, à côté de Bath. Les tous premiers impliqués étaient les grosses entreprises qui avaient soutenu l’apartheid.

A cette époque, Mandela menait ses propres négociations secrètes. En 1982, il avait été transféré de Robben Island à la prison Pollsmoor, où il pouvait recevoir des gens. Le but du régime de l’apartheid était de diviser l’ANC entre les “modérés” avec lesquels il pouvait faire des affaires (Mandela, Thabo Mbeki et Oliver Tambo) et ceux de la ligne de front des townships (bidonvilles) que menaient le United Democratic Front (UDF). Le 5 Juillet 1989, Mandela fut escamoté hors de prison pour rencontrer le président de la minorité blanche du pays, P.W. Botha, au surnom de Groot Krokodil (grand crocodile). Mandela fut très heureux que Botha fut celui qui vers le thé.

Avec les élections démocratiques de 1994, ce fut la fin de l’apartheid raciste, et l’apartheid économique prit un autre visage. Pendant les années 1980, le régime de Botha avait offert aux hommes d’affaires noirs de généreux prêts, leur permettant d’établir des entreprises hors du Bantustan. Une nouvelle bourgeoisie noire émergea rapidement, avec de concert un cronisme rampant. Les “petits chefs” de l’ANC occupèrent de grandes maisons de maître avec parcs et golf. Alors que les disparités entre blancs et noirs s’amenuisaient, elles augmentaient entre les noirs et les noirs.

Le refrain familier disant que la nouvelle richesse finirait par “atteindre le bas de l’échelle” et “créer des emplois”, fut perdu dans des fusions bancales, des compromis et de la “restructuration” qui coûtèrent cher en emplois. Pour les entreprises étrangères, un visage noir dans le comité directeur assurait souvent que rien ne changerait. En 2001, George Soros dit durant le forum économique de Davos que “L’Afrique du Sud est entre les mains du capital international”.

Dans les banlieues, les gens ressentirent peu de changement et furent soumis à des expulsions comme au temps de l’apartheid, quelques uns exprimèrent même une certaine “nostalgie” pour “l’ordre” de l’ancien régime. Les résultats post-apartheid de dé-ségrégation de la vie quotidienne en Afrique du Sud, incluant les écoles, furent minimisés par des extrêmes et la corruption d’un “néolibéralisme” pour lequel l’ANC était dévoué corps et bien. Ceci mena directement à des crimes d’état comme le massacre de 34 mineurs de fond à Marikana en 2012, ce qui évoqua le tristement célèbre massacre de Sharpeville plus d’un demi-siècle plus tôt. Tous deux furent le résultat de protestations contre des injustices.

Mandela également, tissa des relations privilégiées avec de riches blancs du monde entrepreneurial, incluant ceux qui avaient grassement profités de l’apartheid. Il voyait cela comme faisant partie de la “réconciliation”. Peut-être que lui et son bien-aimé ANC avaient été en lutte et en exil depuis trop longtemps, qu’ils avaient la volonté d’accepter et de se compromettre avec les forces qui furent les ennemis du peuple. Il y avait ceux qui voulaient  réellement des changements radicaux, incluant un petit nombre de membres du parti communiste sud-africain, mais ce fut l’influence puissante de la mission chrétienne qui laissa la marque la plus indélébile. Les libéraux blancs intra muros comme à l’étranger s’enthousiasmèrent de cela, souvent ignorant ou appréciant la reluctance de Mandela d’exprimer une vision politique cohérente comme Amilcar Cabral ou Pandit Nehru l’avaient fait.

De manière ironique, Mandela paraissait changer dans sa retraite, alertant le monde des dangers post-11 Septembre de George W. Bush et Tony Blair. Sa description de Blair comme “ministre des affaires étrangères de Bush” fut faite remarquablement à propos; Thabo Mbeki, son successeur, devait arriver à Londres pour rencontrer Blair. Je me demande ce qu’il aurait dit du récent “pélerinage” de Barack Obama dans sa cellule de la prison de Robben Island; Obama, l’embastilleur sans relâche de Guantanamo.

Mandela paraît toujours inaltérablement gracieux. Quand mon entretien avec lui fut fini, il me tapota sur le bras comme pour me signifier qu’il me pardonnait de l’avoir contredit. Nous marchâmes vers sa Mercédès argentée, qui engouffra sa petite tête grise au milieu d’une floppée d’hommes blancs aux gros bras portant oreillettes. L’un d’entre eux donna un ordre sec en Afrikaan et il partit.

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