5 mars 2014

¤ Moscou inverse les rôles à Kiev

Classé dans : Outils/Bon à savoir,Politique/Societe — uriniglirimirnaglu @ 17 : 51

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« Sous nos yeux »
par Thierry Meyssan

Alors que les dirigeants de l’Otan jubilent du coup d’État de Kiev, qu’ils présentent comme une révolution de plus à leurs opinions publiques, la situation s’inverse sur le terrain. À la place d’un gouvernement de voyous, faisant monter les enchères entre Washington et Moscou, ce sont désormais aux agents états-uniens d’exercer le pouvoir et de gérer les troubles qu’ils ont organisés. Or, le pays est ruiné et personne, quel qu’il soit, ne parviendra à le rétablir rapidement. La Russie peut maintenant défendre ses intérêts sans avoir à assumer le passif des vingt années de corruption précédentes.

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 2 mars 2014 ¤ Moscou inverse les rôles à Kiev dans Outils/Bon à savoir ligne-rouge

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La Russie n’a pas réagi aux événements ukrainiens durant les Jeux Olympiques de Sotchi [1]. Sa presse continuait à faire ses titres des exploits de ses athlètes, tandis que l’on se battait à Kiev et dans plusieurs capitales provinciales. Le Kremlin considérait en effet qu’à tout moment, les ennemis de la Russie pouvaient encore transformer sa fête sportive en bain de sang.

Comme prévu, le pouvoir avait déjà changé de mains à Kiev lorsque se clôturaient les Jeux. Les Occidentaux, largement désinformés, ont eu l’impression d’une révolution pro-européenne. Pourtant, la divulgation d’une conversation téléphonique entre l’assistante du secrétaire d’État US, Victoria Nuland, et son ambassadeur, Geoffrey R. Pyatt, ne laisse aucun doute sur le complot états-unien [2]. À coup de fausses images, on leur a fait passer un gouvernement de voyous et de prévaricateurs [3] pour une bande de tortionnaires russophiles [4]. Comme dans toutes les « révolutions colorées », de mystérieux snipers ont tiré depuis les toits à la fois sur la foule et la police, et le gouvernement en a été tenu pour responsable. Dans la confusion, les Occidentaux ont eu l’impression que « le peuple » s’était emparé des palais nationaux. En réalité, pendant que des activistes, majoritairement nazis, combattaient place Maidan en direct sur les télévisions internationales, des politiciens s’emparaient discrètement des palais nationaux dans une autre partie de la ville. De ce point de vue, les Européens peuvent être rassurés : ce ne sont pas les nazis qui ont pris le pouvoir.

Les nazis ukrainiens n’ont rien à voir avec l’extrême-droite ouest européenne, généralement ouvertement sioniste (sauf le Front national français). Ils ont été incorporés durant la Guerre froide dans les réseaux stay-behind de l’Otan pour saboter l’économie soviétique, puis ont été entretenus par la Pologne [5] et la Lituanie. Durant les trois mois de manifestation, ils ont été rejoints par des islamistes tatars qui étaient venus spécialement de Syrie où ils pratiquaient le jihad [6]. Les Tatars, habitants historiques de la Crimée, qui furent dispersés par Staline pour avoir soutenu les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, sont aujourd’hui répartis principalement en Ukraine et en Turquie. Place Maidan, ils ont su montrer leur savoir faire acquis en Syrie : ils ont crevé les yeux de policiers et les ont mutilés [7].

La révolution de la place Maidan masque un coup d’État extrêmement classique [8]. En présence de « diplomates » états-uniens, la Rada a violé la constitution qu’elle a abrogé sans référendum. Elle a destitué, sans débat ni procès, le président en exercice et a confié les pouvoirs législatifs et exécutifs à Olexandre Tourtchinov, l’ancien patron des services secrets.

Le nouveau dictateur a désigné Arseni Iatseniouk comme Premier ministre, ce qui correspond, ô miracle, aux souhaits exprimés à l’avance par Victoria Nuland. Le nouveau Premier ministre a constitué un cabinet qu’il est allé présenter aux manifestants de la place Maidan. Ceux-ci, désormais beaucoup plus nombreux et parmi lesquels les nazis ne représentent plus qu’un tiers, ont hué nombre d’entre eux, parce que juifs.

En Crimée, où la majorité de la population est russe et où stationne la marine russe, le Parlement régional, pris lui aussi d’un « élan révolutionnaire », renversait le gouvernement local (fidèle à Kiev) et nommait le sien (pro-Russe). Simultanément, des militaires en uniforme, mais sans drapeau ni insignes, prenaient les bâtiments officiels et l’aéroport, empêchant le nouveau gouvernement de Kiev d’envoyer ses forces.

À Kiev, la Rada dénonçait une ingérence russe et appelait au respect du Mémorandum de Budapest. En 1994, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie avaient signé un accord sur le gel de l’Ukraine en échange de sa renonciation à l’arme nucléaire [9]. Mais pour Moscou, ce Mémorandum ne s’applique plus car il a été violé par Washington et Londres depuis la « révolution orange » de 2004 [10] et plus encore depuis le coup d’État de la semaine dernière.

Que va t-il se passer maintenant ? Le 25 mai, Bruxelles organise l’élection du Parlement européen, Kiev organise une élection présidentielle, tandis que la Crimée tiendra un référendum d’autodétermination. Une fois la Crimée indépendante, elle pourra toujours choisir de se rattacher à la Russie dont elle faisait partie jusqu’en 1954. L’Union européenne devra, quant à elle, répondre aux espoirs qu’elle a suscité et par conséquent payer, avec on ne sait quel argent, une partie des 35 milliards de la dette ukrainienne. Les nazis de la place Maidan ne retourneront pas à la clandestinité, mais réclameront leur part de gouvernement.

Mais l’histoire ne sera pas terminée pour autant car il restera pour le Kremlin les problèmes de la partie orientale de l’Ukraine (qui abrite une population russe et une industrie de défense) et de la Transnistrie (l’ancienne Bessarabie, qui était jadis le centre de recherche pour les missiles soviétiques). Ce petit pays, de population russe, qui ne figure sur aucune carte car il ne siège pas à l’Onu, a pris son indépendance lors de la dissolution de l’Urss, mais est considéré comme faisant partie de la Moldavie. Il résista vaillamment à une guerre que lui livrèrent la Moldavie, l’aviation roumaine et les conseillers de l’Otan, en 1992 [11]. Il est parvenu depuis à conserver le modèle social soviétique tout en adoptant des institutions démocratiques. Sa sécurité est assurée par une « force de paix » russe [12]. Au minimum, une vingtaine de kilomètres carrés ukrainiens pourraient se soulever et se joindre à la Transnistrie pour lui offrir une sortie sur la mer Noire, mais l’Ukraine serait alors coupée de son appendice occidental. Au mieux, relier la Crimée à la Transnistrie supposerait de prendre plusieurs centaines de kilomètres de côte dont la ville d’Odessa.

Les troubles vont donc se poursuivre en Ukraine, mais ce sera aux arroseurs arrosés —les États-Unis et l’Union européenne— d’en supporter le poids. Outre le fardeau financier, comment vont-ils gérer leurs alliés victorieux nazis et jihadistes ? La démonstration de force de Washington tourne au fiasco [13].

Source
Al-Watan (Syrie)

Réseau Voltaire | 7 février 2014 ligne-rouge dans Politique/Societe

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Victoria Nuland et l’ambassadeur Geoffrey R. Pyatt, venus apporter leur soutien aux manifestants de la place Maidan.

Vous trouverez ci-dessous la traduction d’une conversation téléphonique entre Victoria Nuland, sous-secrétaire d’État des États-Unis, et Geoffrey R. Pyatt, ambassadeur US en Ukraine.

Cette conversation aurait été interceptée entre le 22 et le 25 janvier 2014. Elle est apparue mystérieusement sur YouTube, suscitant d’abord un démenti du département d’État. Puis, le scandale prenant de l’ampleur après la publication d’un article du Kyiv Post, Victoria Nuland a présenté ses excuses à l’Union européenne, tout en suggérant que l’interception aurait pu être le fait des services secrets russes qu’elle a accusé d’avoir violé une conversation privée —une remarque distrayante de la part d’un État qui espionne la quasi-totalité des communications dans le monde—.

Victoria Nuland est une diplomate néo-conservatrice, épouse de l’historien Robert Kagan. Elle fut la principale conseillère en politique étrangère du vice-président Dick Cheney, avant d’être nommée par George W. Bush, ambassadrice auprès de l’Otan. Hillary Clinton en fit sa porte-parole au secrétariat d’État, puis John Kerry son assistante pour l’Europe et l’Eurasie. C’est elle qui dirige les opérations de déstabilisation de l’Ukraine.

Dans cette conversation, elle donne, dans un anglais trivial, instruction pour répondre à la proposition faite par le président Ianoukovytch de laisser l’opposition constituer un gouvernement. Il faut, selon elle, placer Arseni Iatseniouk, maintenir Wladimir Klitschko hors jeu, et écarter le leader nazi Oleh Tyahnybok qui devient encombrant.

Au passage, on apprend que l’ancien diplomate états-unien, Jeffrey Feltman, aujourd’hui secrétaire général adjoint des Nations Unies, nomme qui il veut à l’Onu et utilise cette organisation pour donner un vernis légal aux actions secrètes des USA. En l’occurrence, il a pu nommer comme représentant de l’Onu, le Néerlandais Robert Serry, ancien responsable des « opérations » de l’Otan.

En définitive, les choses ne sont pas passées comme prévues et l’opposition n’a pas formé de gouvernement.

* * *

Victoria Nuland  : Que pensez-vous ?

Geoffrey R. Pyatt : Je pense que nous jouons. La pièce Klitchko est évidemment l’électron le plus compliqué ici, en particulier le fait qu’on l’ait annoncé comme vice-Premier ministre. Vous avez vu mes notes sur la difficulté du mariage en ce moment, nous essayons d’obtenir une lecture très rapide pour savoir s’il fait partie de l’équipe. Mais je pense que votre raisonnement à son sujet, que vous aurez besoin de lui dire —je pense que c’est le prochain coup de téléphone que vous souhaitez organiser— est exactement celui que vous avez fait à Yats [surnom de Iatseniouk]. Je suis heureux que vous l’ayez mis sur la sellette (…) Il s’inscrit dans ce scénario. Et je suis très heureux qu’il a dit ce qu’il a dit.

Victoria Nuland  : Bon. Je ne pense pas que Klitsch [surnom de Klitschko] devrait être dans le gouvernement. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire, je ne pense pas que ce soit une bonne idée .

Geoffrey R. Pyatt : Oui, je veux dire… je suppose… Pour ce qui est de sa non-participation au gouvernement, je serais d’avis de le laisser en dehors pour qu’il se consacre à ses obligations politiques. Je ne fais que réfléchir, pour trier les options pour avancer, nous voulons garder ensemble les démocrates modérés. Le problème sera avec Tyahnybok et ses gars. Et, vous savez, je suis sûr que cela fait partie du calcul de Ianoukovytch.

Victoria Nuland  : Je pense Yats, c’est le gars. Il a de l’expérience économique et de l’expérience de gouverner. C’est le gars. Vous savez, ce qu’il a besoin, c’est que Klitsch et Tyahnybok restent à l’extérieur. Nous aurons besoin de leur parler quatre fois par semaine. Vous savez, je pense juste que si Klitchko entre, il va devoir travailler à ce niveau avec Iatseniouk, c’est juste que ça ne va pas marcher…

Geoffrey R. Pyatt : Ouais, ouais , je pense que c’est vrai. Ok , bon. Souhaitez-vous que nous organisions un appel avec lui comme prochaine étape ?

Victoria Nuland  : Ma conception de l’appel dont vous parlez, c’est que les trois grands participent à leur propre réunion et que Yats leur propose dans ce contexte. Vous le savez, une conversation « trois plus un » ou « trois plus deux » si vous participez. C’est ainsi que vous le comprenez ?

Geoffrey R. Pyatt : Non, je pense que c’est ce qu’il a proposé, mais connaissant leur dynamique interne lorsque Klitchko était le chien dominant, il va prendre son temps avant de se pointer à une de leurs réunions et doit déjà être en train de parler à ses gars. Donc je pense que si vous vous adressiez directement à lui, cela aiderait à faire de la gestion de personnalités parmi les trois. Cela vous donne également une chance d’agir vite sur tout cela et nous permettra d’être derrière avant qu’ils s’assoient et qu’il explique pourquoi il n’est pas d’accord.

Victoria Nuland  : Ok. Bon. Je suis heureuse. Pourquoi ne le contacteriez-vous pas pour voir si il veut parler avant ou après.

Geoffrey R. Pyatt : Ok, je vais le faire. Merci.

Victoria Nuland  : Je ne me souviens pas si je vous ai dit ou si je n’en ai parlé qu’à Washington : quand j’ai parlé à Jeff Feltman ce matin, il avait un nouveau nom pour le type de l’ONU : Robert Serry. Je vous ai écrit à ce sujet ce matin.

Geoffrey R. Pyatt : Oui, j’ai vu cela.

Victoria Nuland  : Ok. Il a obtenu aujourd’hui, à la fois de Serry et de Ban Ki-moon, que Serry vienne lundi ou mardi. Ce serait formidable, je pense, ça aiderait à souder ce projet et d’avoir l’aide de l’ONU pour le souder et, vous savez quoi, d’enculer l’Union européenne.

Geoffrey R. Pyatt : Non, exactement. Et je pense que nous devons faire quelque chose pour le faire coller à nous, parce que vous pouvez être sûre que s’il commence à prendre de l’altitude, les Russes vont travailler dans les coulisses pour essayer de torpiller. Et encore une fois le fait que c’est sur la place publique en ce moment, dans ma tête, je suis encore à essayer de comprendre pourquoi Ianoukovytch (…) ça. En attendant, il y a actuellement une réunion d’un courant du Parti des Régions et je suis sûr qu’il y a un débat très animé dans ce groupe à ce sujet. Mais de toute façon , nous pourrions faire tomber la crêpe du bon côté si nous nous agissons rapidement. Alors laissez- moi travailler sur Klitschko et si vous pouvez juste conserver… Je pense que nous devrions juste chercher à trouver quelqu’un avec une personnalité internationale pour accoucher de notre projet. L’autre question concerne Ianoukovytch, mais nous en reparlerons demain, nous verrons comment les choses commencent à se mettre en place.

Victoria Nuland  : Donc, sur ce point, Jeff, quand j’ai écrit la note, Sullivan [1] m’a répondu d’une manière très formelle en disant que j’avais besoin de Biden et j’ai dit probablement demain pour les bravos et pour réussir à faire coller les détails. Donc, Biden est prêt.

Geoffrey R. Pyatt : Ok. Très bien, merci.

Source
Oriental Review

Fausses images en Ukraine

Réseau Voltaire | 6 février 2014 ligne-rouge
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Les images d’un prisonnier ukrainien, nu, dans la neige, au milieu des forces de police qui se moquent de lui ont fait le tour du monde. Elles montrent la brutalité du régime que les glorieux manifestants de la place Maïdan tentent de renverser.

Problème : à la fin de la séquence, on reconnaît en uniforme Andrei Dubovik. Or, M. Dubrovik a quitté il y a longtemps le ministère de l’Intérieur pour devenir le responsable de la sécurité de l’Union panukrainienne « Patrie » (Batkivshchyna) de l’oligarque Ioulia Tymochenko.

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Selon Vremia, ce film de propagande aurait été réalisé par Andriy Kozhemyakin, un réalisateur de télévision qui travaille également pour Madame Tymochenko [1].

Réseau Voltaire | Tiraspol (Transnistrie) | 17 juillet 2007 ligne-rouge

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Cosaques et soldats transnistriens aux commandes d’un blindé russe près du pont de Bender (1992)

Aux débuts de l’Union soviétique, la Transnistrie était une République autonome (RASSM) au sein de la République soviétique socialiste d’Ukraine (RSSU). Mais à la suite des accords de Munich au cours desquels la France et l’Angleterre abandonnèrent la Tchécoslovaquie au IIIe Reich, l’URSS, isolée, prit l’initiative de conclure un accord avec l’Allemagne pour ne pas être la prochaine victime de l’expansionnisme nazi et de la lâcheté ouest-européenne. Cependant, loin de se contenter de sauver Moscou, le pacte signé par les ministres des Affaires étrangères Joachim Von Ribbentrop et Viatcheslav Molotov, le 23 août 1939, prévoyait le partage de toute l’Europe centrale. L’une des conséquences de ce jeu d’influence fut l’annexion par l’URSS d’une partie de la Roumanie, son rattachement administratif à la république autonome déjà citée (RASSM) et, ainsi, la formation de la nouvelle République soviétique socialiste de Moldavie (RSSM) où l’on parlait à la fois le roumain et le russe.

Cinquante ans plus tard, les peuples qui furent victimes du Pacte Ribbentrop-Molotov reprirent leur liberté à la faveur de l’effondrement de l’Union soviétique. Malgré l’opposition du président Mikhail Gorbatchev, les pays baltes et la Transnistrie tentent de proclamer unilatéralement leur indépendance en 1990. Moscou envoie bientôt ses troupes spéciales pour rétablir l’ordre dans les pays baltes, mais ne prend pas au sérieux la petite Transnistrie et n’y intervient pas. Chisinau n’est pas plus inquiet : dans cette période de décomposition de l’URSS, la Moldavie pense son avenir avec la Roumanie dont elle partage la langue et admet donc la séparation à court terme d’avec la Transnistrie russophone.

Le 19 août 1990 à Moscou, un groupe de généraux nostalgiques du rêve soviétique renverse le président de l’URSS Mikhail Gorbatchev, mais rencontre l’opposition du président de la Russie Boris Eltsine. En trois jours le putsch échoue. Dans la confusion générale, l’Estonie et la Lettonie quittent définitivement l’URSS. La Biélorussie et la Moldavie suivent le 25 août, la Transnistrie (pour la seconde fois) le 1er septembre, puis toutes les autres républiques soviétiques, une à une, durant deux mois.

Dans sa déclaration d’indépendance, la Moldavie ex-soviétique déclare solennellement nulles et non avenues toutes les conséquences politiques et légales du Pacte Ribbentrop–Molotov, y compris le rattachement forcé de la Transnistrie dont elle avait bénéficié [1]. Mais échappant à tout contrôle politique, les services secrets modlaves tentent d’empêcher l’inévitable séparation d’avec la Transnistrie en enlevant le leader transnistrien Igor Smirnov, alors qu’ils se trouvait en territoire urkrainien [2]. Tiraspol ne varie pas et proclame sans tarder son indépendance comme nous l’avons vu ci-dessus. De plus, le nouvel État exige la libération immédiate de son président sous peine d’interruption du gaz et de l’électricité qu’il livre à la nouvelle Moldavie [3]. En définitive, Moldaves et Transnistriens confirment leur indépendance par référendum et désignent leurs nouveaux dirigeants. Des escarmouches meurtrières opposent les Unités spéciales du ministère moldave de l’Intérieur à la Garde nationale transnistrienne. Non seulement elles échouent à déplacer la frontière vers l’Est, mais la ville russophone de Bendery, située sur la rive occidentale du Dniestr, se ralie à Tiraspol. Cessez-le-feu.

Les États-Unis, qui se réjouissent de la dissolution de l’URSS, s’activent pour récupérer dans leur giron les nouveaux États. Les Moldaves n’ont d’yeux que pour le niveau de vie occidental, tandis que les Transnistriens prétendent réaliser le rêve abandonné de Gorbatchev : conserver les acquis du socialisme tout en adoptant la liberté d’entreprendre et la démocratie (Perestroïka) ainsi que la transparence dans les médias (Glasnost). Indamissible pour l’Oncle Sam qui est en train de dynamiter la Yougoslavie et espère en avoir définitivement fini avec le socialisme ! Dès lors, Washington va s’ingénier à manipuler Chisinau contre Tiraspol. C’est dans ce contexte que doit être interprété l’enlèvement d’Igor Smirnov par les services secrets moldaves et plus encore, les évènements qui suivirent.

Le 28 février 1992, les États-Unis font entrer triomphalement huit nouveaux États à l’ONU, dont la Moldavie. Mais pas la Transnsitrie post-soviétique. Du coup, celle-ci passe du statut de nouvel État en attente de reconnaissance internationale à celui de région séparatiste moldave. Au regard du droit international, il sera possible de maquiller une conquête militaire de la Transnistrie en une simple opération de restauration de l’ordre public face à des sécessionnistes.
À l’issue d’une brève visite du secrètaire d’État, James Baker III, Washington installe son dispostif. Les opérations seront dirigées depuis Bucarest par l’amabassadeur John R. Davis Jr, qui fit merveille en manipulant Solidarnosc en Pologne. Le chef de poste CIA sera Harold James Nicholson [4]. Une représentation diplomatique est ouverte à Chisinau où opérera le colonel Howard Steers.
Les conseillers militaires US constituent de bric et de broc une force moldave. Chisinau, nouvellement indépendant, n’ayant pas encore d’armée, Washington obtient que Bucarest détache des officiers roumains et prête des blindés. Et pour constituer les rangs, on recrute dans les prisons. Les détenus de droit commun seront amnistiés s’ils participent aux combats. Ils ne pourront être rémunérés, mais seront autorisés à se constituer un butin. Ils pourront même s’approprier les maisons des Transnistriens qu’ils tueront [5].

À Tiraspol, on est rapide à comprendre le renversement de situation. D’autant que, compte tenu du casernement sur place des 8 000 hommes de la 14e armée russe, les familles de militaires représentent la moitié de la population transnistrienne. S’appuyant sur les structures syndicales dont il est issu, Igor Smirnov organise à l’avance une défense populaire. De plus, il est « spontanément » rejoint par les légendaires cosaques. Quelques volontaires rallient Tiraspol pour encadrer militairement la population [6]. Reste à trouver des armes. Et des armes, il y en a en quantité dans l’arsenal de la 14e armée russe. Cependant l’état-major russe, qui doit faire face à bien d’autres conflits au même moment dans l’ex-espace soviétique, se déclare neutre [7]. Le 15 mars, une foule encercle l’arsenal et exige qu’on lui livre les armes. Après un long et pesant face-à-face, les officiers renoncent à défendre l’arsenal. La foule s’empare de 1 000 kalachnikov, 1,5 millions de cartouches et 1 300 grenades qu’elle remet aux cosaques [8].

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Cosaques devant un blindé improvisé à partir d’un camion et de plaques d’acier

Juste à temps. Chisinau, qui a décrété l’état d’urgence, s’apprête à reprendre Bendery. Igor Smirnov en appelle à la Communauté des États Indépendants (CIS) pour qu’elle envoie des observateurs et face respecter le cessez-le-feu, mais Boris Eltsine refuse de s’impliquer [9]. Toutefois Bendery abrite le casernement d’une unité de la 14e armée russe, laquelle annonce, elle, qu’elle ne restera pas sans réagir à une offensive moldave quels que soient les ordres de sa hiérarchie. On négocie. Le vice-président russe, le colonel Alexander Routskoy, fait le déplacement pour jouer les médiateurs, mais les Moldaves, soutenus par les États-Uniens, refusent de répondre à ses appels téléphoniques et encore plus de le recevoir. Ils n’ont pas tort car Routskoy se rend à Bendery où il prononce un discours enflammé en faveur de la Transnistrie [10]. Puis, le bouillant Alexander Routskoy retourne à Moscou où il essaie vainement de mobiliser la Douma [11].
Reculant avec prudence, les Moldaves acceptent le déploiement d’observateurs militaires de la CIS [12] et les cosaques sont démobilisés [13]

Répondant à la visite du vice-président Rutskoy, les Moldaves reçoivent, eux, le président roumain Ion Iliescu pour discuter de la fusion des deux États. Mais Illescu, qui craint d’être happé dans un conflit militaire, se contente de bonnes paroles et s’abstient de signer les protocoles qu’on lui présente [14].

Les négociations se poursuivent, mais quelle que soit la bonne volonté des diplomates, elles se heurtent à la multiplicité des protagonistes. Ainsi en Russie, Routskoy ne fait plus figure de tête brulée isolée. Le général Albert Makashov monte à son tour au créneau [15] et d’autres personnalités encore. Finalement Boris Eltsine tranche : il ordonne à la 14e armée de préparer son retrait total. À Chisinau, le président moldave Mircea Snegur et ses conseillers US interprètent cette nouvelle comme le feu vert tant attendu. Ils prennent le commandement direct de toutes les forces disponibles (police, douanes, armée) et requièrent l’approbation du Parlement pour « écraser les séparatistes » et en appellent à l’ONU [16].
Une foule de femmes encercle à nouveau l’arsenal de la 14e armée russe. Cette fois, elles s’emparent d’une trentaine de blindés sans que les soldats russes ne les en empêchent [17] .
Revirement à Moscou dans le contexte des difficiles négociations états-uno-russes sur le désarmement : soudain, le très conciliant ministre des Affaires étrangères Andreï Kozyrev « n’exclut pas que la Transnistrie revienne un jour à la Russie » [18].

À Chisinau, les partisans de la Grande Roumanie organisent des manifestations contre les « séparatistes » au cri de « La valise, la gare, la Russie ! ». Le 20 juin 1992, la Moldavie attaque la Transnistrie. L’objectif n’est pas de prendre des sites stratégiques, mais de semer la terreur dans la population pour la contraindre à l’exode. Les soldats tirent sur les civils, n’importe où. Les rues principales de Bendery sont jonchées de cadavres [19].
Rompant le rang, des chars de la 14e armée russe sortent des casernes pour combattre l’envahisseur. Trois sont détruits [20]. L’un d’entre eux orne aujourd’hui de monument aux morts de ces jours tragiques.
Le président Mircea Snegur intervient au Parlement de Chisisnau et déclare, dans un discours retransmis à la télévision : « La Russie a déclenché une guerre non déclarée contre la Moldavie. Le Dniestr est une zone occupée par la 14e armée russe » [21]. De son côté, le gouvernement de Bucarest dément avoir détaché des pilotes auprès de l’armée moldave [22]. Ce que dément la 14e armée russe selon laquelle une dizaine d’avions roumains participent aux combats [23].

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Les premiers jours de combats seront particulièrement meurtriers —plus d’un millier de victimes civiles— et décisifs. Il est immédiatement évident qu’une résistance populaire bien organisée, encadrée et armée, viendra à bout d’un adversaire, certes supérieur en nombre et en équipement, mais démotivé et agissant comme une troupe mercenaire.

En réalité, même si les combats vont encore durer trois semaines, la guerre est déjà terminée.

Le 29 juin, le chargé d’affaires US, le colonel Howard Steers, présent à Bendery pour coordonner les opérations militaires, échappe de justesse aux tirs de snipers transnistriens [24].

Boris Eltsine décide de reprendre la 14e armée en main. Le 30 juin, il nomme le général Alexandre Lebed à sa tête avec pour mission d’y mettre toutes les unités au pas et de désengager la Russie du conflit. Comme il se doit, cette reculade s’accompagne de déclarations martiales qui ne trompent personne [25]. Pour palier à ce désengagement, les « patriotes » russes renvoient les cosaques à Tiraspol [26]. De son côté, Washington accorde aux Moldaves « la clause de la nation la plus favorisée », comme une sorte de dédommagement pour cette équipée ratée.

Le 3 juillet, Boris Eltsine et Mircea Snegur signent à Moscou un accord de cessez-le-feu. Depuis lors, la Transnistrie (rebaptisée Pridnestrovie pour souligner qu’elle ne se limite pas à la rive orientale du Dniestr mais comprend aussi Bendery) vit en paix sous la protection des derniers soldats de la 14e armée russe. Petit îlot d’un demi-million d’habitants, elle refuse toujours de s’aligner sur l’OTAN et l’Union européenne, et se voit en rétorsion privée de reconnaissance internationale.

Quatorze mois après avoir repoussé les forces états-uno-roumano-moldaves, les Pridnestroviens surent prouver leur reconnaissance à leurs amis Russes. En septembre 1993, lorsque le président Boris Eltsine appuyé par Washington tente d’étendre ses pouvoirs par la force et dissout illégalement le Parlement, les députés russes s’insurgent, le destituent et le remplacent par le vice-président Alexander Routskoy. Les parlementaires se retranchent dans leur hémicyle avec le général Albert Makashov, tandis que des volontaires pridnestroviens viennent assurer leur défense. Mais Eltsine bombarde le Parlement et donne l’assaut. Les insurgés, dont Routskoy et Makashov, sont incarcérés. Quatre mois plus tard, ils seront graciés.

[1] « Declaratia de independenta a Republicii Moldova », in Romania libera, 28 août 1991, p.8.

[2] « Moldovians kidnap Russian rival » The Washington Times, 30 août 1991.

[3] « Russian-Speaking Area of Moldova Declares Independence », Reuters, 2 septembre 1991. Sur l’enjeu énergétique, lire « Au cœur de la Guerre du gaz, la petite République de Transnistrie », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 3 juillet 2007.

[4] Harold James Nicholson sera « retourné » deux ans plus tard par les services russes, puis démasqué en juin 1996 et condamné à 23 ans de prison.

[5] Témoignages recueillis par le Musée de Tiraspol.

[6] « Cossacks march out of History into moldovan conflict », Reuters, 8 mars 1992. « Cossaks assisting rebels who seek split from Moldova » par Ken Gluck, The Dallas Morning News, 9 avril 1992.

[7] « Soviet army in Moldova takes refuge in neutrality », par Vanora benett, Reuters, 10 mars 1992.

[8] « Russians in Moldova seize CIS arms stock », AFP, 15 mars 1992.

[9] Trans-Dnestr leader calls for neutral observers in Moldova », AFP, 30 mars 1992.

[10] « Rutskoy calls for independent Dnestr », AFP ; « Moldova accuses Russia of interfering in conflict », Reuters, 5 avril 1992. « Moldovan president slams Russian support for Dnestr independence », AFP, 7 avril 1992.

[11] « Réformateurs elstiniens contre contestataires : premières escarmouches au Congrès des députés » par Jan Krauze, Le Monde, 8 avril 1992.

[12] « Observers force to be deployed in Trans-Dnestr », AFP, 18 avril 1992.« Trêve armée de part et d’autre du Dniestr » par Jean-Baptiste Naudet, Le Monde, 20 mai 1992.

[13] « Cossak aides to Moldova separatists return home », AFP, 10 avril 1992. « Rebel Moldova leader thanks cossacks « defending democracy », par Philippe Naughton, 24 avril 1992.

[14] « Moldavie : durant la visite du président roumain, de nouveaux combats ont fait une vingtaine de morts », par Jean-Baptiste Naudet, Le Monde, 21 mai 1992.

[15] Entretien avec le général Makashov, Sovietskaya Rossiya, 26 mai 1992.

[16] « Moldova calls on Russia to end aid to separatists », par Justin Burke, The Christian Science Monitor, 27 mai 1992.

[17] « Dniester fracture a soviet legacy of self-proclaimed republic well-disposed toward Yeltsin’s soldiers » par John Gray, Globe and Mail ; « Russian role in Moldova underlined » par Chrystia Freeland, Financial Times, 29 mai 1992.

[18] « Moldova rejects Russian claims on Dniestr », AFP, 13 juin 1992. « CEI : le conflit du Dniestr  » La Russie ignore les réalités et l’Histoire  » nous déclare le ministre moldave des affaires étrangères », par Jean-Baptiste Naudet, Le Monde, 14 juin 1992.

[19] « Moldovan troops press attack on stronghold defended by rogue soldiers », par Thomas Grinsberg, Associated Press ;« Hundred fill morgue after fierce moldovan fighting » par Dimitri Solovyov, Reuters, 23 juin 1992.

[20] « Moldavie : le conflit de Transnistrie. Les combats ont fait des dizaines de morts à Bendery » par Jean-Baptiste Naudet, Le Monde, 23 juin 1992.

[21] « De nombreux morts et blessés à Bendery », par Jean-Baptiste Naudet, Le Monde, 24 juin 1992.

[22] « Romania denies military involvment in Moldova, Reuters, 22 juin 1992.

[23] « Romanian air force over-flies Moldova conflict zone », AFP, 24 juin 1992.

[24] « International Observers Come Under Fire in Moldova », Associated Press, 29 juin 1992. « U.N. team ducks shots by snipers in Moldova », Austin American-Statesman ; « U.N. team caught in sniper fire in Moldova », par Tom Squitieri, USA Today, 30 juin 1992.

[25] « M. Eltsine donne de nouveaux gages à l’armée russe », Le Monde, 1er juillet 1992.

[26] « Moldova : fearsome cossack warriors return to the battle front » par Chris Stephen, IPS, 1er juillet 1992.

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